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LA MANIFESTATION ANTI-DIALOGUE DU 28 AOÛT 2015 A BRUXELLES

APARECO joue et ‘‘Terminator’’ Honoré N’Gbanda perd la partie 


Les Cryptomobutistes échouent dans leur tentative malveillante de capter la Diaspora

 

‘‘J'admire comme on peut mentir en mettant la raison

de son côté’’, Jean-Paul Sartre, La Nausée

 
Le 28 août 2015, la Belgique, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a été le théâtre d’une manifestation politique très controversée des Combattants de la diaspora. Au cours de cette marche, ceux-ci entendaient protester de manière vigoureuse contre l’initiative politique du président légitime mais non légal de la République démocratique du Congo, le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba, d’engager directement des pourparlers politiques avec le non moins imposteur Joseph Kabila Kabange. Force est de rappeler, à ce sujet, que ce personnage a bel et bien confisqué le pouvoir au terme d’une élection présidentielle évidemment marquée par des fraudes massives, émaillée de nombreuses irrégularités flagrantes. 


Après avoir pollué le net par des messages de mobilisation qui ont, sensiblement, pris sur les réseaux sociaux l’odeur ‘‘infecte’’ des propos indubitablement malhabiles et orduriers, incendiaires et haineux, les Anti-dialogue, comme il convient de les appeler, n’ont pu, à en croire la dépêche émise par l’Agence de presse nationale Belga, mobiliser qu’une infime quantité, par voie de conséquence négligeable, de manifestants. En effet, seulement  150 personnes au total ont répondu à leur appel, selon les chiffres d’ailleurs avancés par les autorités policières de Bruxelles. Cependant, 300 partisans chauffés à bloc pour une cause perdue d’avance ont pu occuper les rues de la capitale du Royaume de Belgique, d’après la comptabilité peu fiable des organisateurs visiblement insatisfaits et, surtout, dépités par le très faible niveau de mobilisation. En fait, ceux-ci espéraient, sans conteste, la présence d’une véritable marée humaine déferlant sur Bruxelles pour s’adjuger la légitimité de devenir porte-parole de la très convoitée diaspora.

 
Pour ce qui était préalablement conçu et perçu comme la manifestation du siècle, cette faible quantité de manifestants témoigne, bien entendu, d’un indéniable fiasco. Elle est, tout à fait, révélatrice d’un effritement sûr et certain de l’activisme combattant. Elle est fortement révélatrice d’un essoufflement de la militance combattante qui, dorénavant, peine à trouver des thèmes susceptibles de mobiliser l’ensemble des ressortissants congolais vivant en fait à l’étranger. L’opposition à une valeur humaniste et universelle qu’est le dialogue est, par ailleurs, mal choisie dans la mesure où elle est, en réalité, au cœur d’une société qui se veut non seulement civilisée mais encore démocratique. 
En d’autres termes, on ne mobilise pas le commun des mortels en s’opposant à tout ce qui touche le cœur de l’universalisme, à tout ce qui relève d’ailleurs intrinsèquement de l’humanisme, à moins de souffrir réellement d’atrophie mentale. À moins d’être un vrai détraqué mental. À titre d’exemple, on s’oppose à la guerre qui tend à détruire la vie mais pas à la paix qui tend à la préserver et à éliminer bien des souffrances, bien des atrocités auxquelles est très sévèrement confronté l’humain. Par conséquent, dès lors qu’il s’oppose brutalement à tout ce qui fonde pertinemment la paix et résiste certes à la tentation d’harmonie politique et de concorde civile et nationale, cela signifie tout simplement que l’humain a perdu toute poétique de l’humanité et de l’engagement à la vie. 


Il convient de rappeler que la Belgique, qui accueille la diaspora congolaise, a toujours été l’épicentre de la contestation politique des régimes successifs de la République démocratique du Congo. En raison des liens historiques et affectifs avec son ancienne colonie d’Afrique centrale, ce pays au cœur de l’Europe reçoit l’un des plus imposants contingents de Congolais dans le monde entier. En effet, cette communauté africaine est officieusement estimée dans ce petit État à plus ou moins 50 mille âmes sur le plan démographique. Donc, par rapport à la taille de cette communauté congolaise de Belgique, les manifestants doublement anti-Dialogue et anti-Tshisekedi représentaient, le vendredi 28 août 2015, moins de 1 %. Ce pourcentage prend un tout autre relief s’il faut tenir compte du fait que ceux-ci ont bel et bien reçu du renfort provenant de divers pays limitrophes, telle la France qui dispose, elle également, d’une forte communauté congolaise. 


Vu l’enjeu du dialogue national, d’ailleurs, décisif à l’avenir politique de la République démocratique, réussir à ne sortir que moins de 1 % des Congolais ne relève aucunement d’un exploit qui peut engendrer des concerts de klaxons par-ci et par-là. Donc, vu la médiocrité des chiffres et la faiblesse du nombre des manifestants, claironner la victoire sur tous les toits du monde, y compris l’Everest ou le Kilimandjaro, relève purement et simplement de l’escroquerie intellectuelle et de l’arnaque morale, de la mauvaise foi et surtout d’un manque flagrant de respect de soi et des autres. Soit dit en passant, il n’y a que chez les Congolais de la RDC où ‘‘le ridicule ne tue pas’’. Accrocher seulement moins de 1 % des sujets congolais qui, au demeurant, restent extrêmement attachés à la Mère patrie, est par définition une taloche de réprobation sur la figure des organisateurs de la marche, lesquels ont indéniablement pêché non seulement par pur amateurisme mais par excès de confiance. 


D’ailleurs, à titre de comparaison, au plus fort de la crise postélectorale du 28 novembre 2011, les manifestants dénonciateurs du hold-up réalisé par le non moins soudard Joseph Kabila Kabange au détriment d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba étaient estimés à cette époque de contestation virulente entre 5 à 10 mille individus. Rien que dans les 
rues de Bruxelles et de Paris. Cette estimation grimpait jusqu’à 20 mille personnes par manifestation. Ce pic est un baromètre qu’il ne faut guère négliger…

 
Il importe, d’ailleurs, de souligner que ces manifestations gigantesques par la quantité de marcheurs anti-Kabila s’étaient propagées comme une traînée de poudre à tout le reste de la planète. De Tokyo à Johannesburg en passant par Washington et Nicosie, Ottawa et Jérusalem, Séoul et Sidney, Mexico et Dakar, de très nombreux manifestants congolais, tout à fait séduits par la posture ainsi que la culture combattante, avaient exprimé violemment leur colère contre la réélection frauduleuse du Raïs. 


Pourtant, en ce qui concerne le dialogue, l’engouement n’y est pas. Le cœur n’y est point dans la mesure où les Anti-dialogue ne présentent aucune alternative crédible. Ils se contentent simplement de lancer à l’emporte-pièce des slogans, des poncifs, comme au bon vieux temps du Mouvement populaire de la Révolution. Ils n’ont effectivement aucun plan de rechange en cas d’absence du dialogue politique promu par le leader de l’UDPS. Cette seule perspective suffit à retenir les sceptiques qui jugent que la RDC est certes déjà dans un tunnel sombre. À ce titre, ils souhaitent vivement ne pas l’enfoncer davantage dans un autre trou noir pour la voir végéter indéfiniment dans l’inconnu. 


Donc, avec une affluence manifestement en deçà de 1 % de la masse totale de Congolais de Belgique, l’Alliance des patriotes pour la refondation du Congo (APARECO), d’ailleurs, organisatrice de ladite manifestation et, a fortiori, paravent des forces mobutistes qui se cachent derrière le label séducteur et attractif de Combattants et Résistants aux forces d’occupation étrangère, a nettement et clairement perdu son pari de supplanter l’UDPS à l’extérieur. Elle a perdu son pari de mettre coûte que coûte la main sur l’ensemble de la diaspora en tant que véritable force politique susceptible de mettre au pas le régime de Joseph Kabila Kabange. Aussi a-t-elle perdu toute crédibilité politique en trucidant l’idéal national d’ailleurs cher à Patrice Emery Lumumba. En effet, toute la stratégie de l’APARECO et tout le discours sectaire d’Honoré N’Gbanda Nzambo ko Atumba ont plutôt transformé cette manifestation en un règlement de comptes régionalo-tribaloethnique entre les Kasaïens auxquels appartient Étienne Tshisekedi wa Mulumba et le reste des Congolais.

 
Toutefois, c’est bien Étienne Tshisekedi wa Mulumba qui sort complètement ragaillardi de ce clash bruxellois entre l’UDPS et l’APARECO, de ce crash prévisible de N’Gbanda. Cet homme d’État dont l’histoire est jalonnée d’actes de bravoure a, désormais, toutes les coudées franches pour agir. Celui-ci peut effectivement aller de l’avant avec cette initiative de dialogue sans pour autant être redevable de la fameuse diaspora de plus en plus dévoyée et corrompue par les forces du mal. L’autre gagnant est, bien sûr, Joseph Kabila Kabange. C’est malheureux de le clamer très ouvertement sur la place publique. L’imposteur peut remercier vivement le Terminator de l’avoir aidé à se débarrasser de cette composante extérieure qui n’est plus une épine dans le pied de son gouvernement de griots, ni un boulet de canon pour sa vie et sa survie politique. 


A contrario, le plus grand perdant demeure la diaspora qui est complètement dépouillée de sa force et de sa puissance, de son pouvoir et de son influence, de son crédit et de sa respectabilité à cause de divisions inutiles engendrées par Honoré N’Gbanda Nzambo ko Atumba. À elle de rechercher, désormais, un autre leadership beaucoup plus crédible et plus responsable, plus au fait des enjeux nationaux. À elle de ne plus se laisser entraîner par le bout du nez par un conglomérat d’individus peu fiables et peu dignes. Donc, des gens peu recommandables et peu crédibles, généralement accompagnés d’une cohorte de filles de rue et de femmes de peu de vertu. 


Par ailleurs, cette extrême faiblesse de mobilisation des pans entiers de la diaspora par des forces cryptomobutistes prouve que le Mobutisme que l’APARECO et N’Gbanda cherchent à remettre en selle, à réactiver, est une tare du passé qui n’a plus sa place dans la nouvelle configuration. Elle démontre réellement que l’aura combattante a plus que jamais pâli. Elle démontre que la flamme combattante a plus que jamais faibli. Elle prouve que celle-ci a bel et bien pris un coup de vieux. Elle mérite une cure de jouvence. Aussi démontre-t-elle que la culture combattante ne fait plus automatiquement et systématiquement recette auprès de la jeunesse révoltée de la diaspora en raison de maintes dissensions internes.

 
Toutes ces divergences sont, d’ailleurs, aggravées par le manque évident de leadership et l’absence manifeste de coordination en matière de lutte à entreprendre sur le terrain. Aussi sont-elles accrues par l’esprit nocif de vedettariat et, surtout, par l’absence cruelle de réels gains politiques en termes de reconnaissance absolue par la Mère patrie. Celleci renâcle toujours à conférer à l’ensemble de la diaspora congolaise des droits somme toute spécifiques, tel le droit de vote ou telle la double nationalité. Tous ces conflits se sont intensifiés de manière outrancière en raison de la concurrence déloyale et puérile entre Paris, Bruxelles et Londres, tirant à hue et à dia afin de s’imposer inéluctablement à titre de l’épicentre de la contestation politique anti-Kabila, comme le pôle d’attraction de la lutte de libération nationale. Ceux-ci sont surtout exacerbés en raison de multiples OPA lancées vaille que vaille par divers partis politiques congolais afin de monopoliser, à leur propre compte, la résistance de la diaspora. 


C’est de cette façon que l’APARECO mue par l’idée de revanche contre toutes les forces de progrès démocratique et de changement politique s’est finalement engouffrée dans cette brèche. Force est de souligner que la mission lui déterminée par de puissants intérêts anticongolais, entre autres belges et français qui tirent souvent les ficelles du chaos et de l’anarchie en RDC, est à vrai dire la déstabilisation ou le démantèlement de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Cette entreprise politique chère à Etienne Tshisekedi wa Mulumba est, en effet, présente au sein de la diaspora congolaise qui est, pratiquement, son château fort, depuis les années quatre-vingts. Son ancrage au sein de cette communauté africaine vivant à l’étranger s’est opéré lors de la période de clandestinité politique violemment imposée par la dictature mobutienne.

 
À cet égard, il sied de mentionner que l’APARECO, en qualité de formation politique, est dirigée par nul autre que le tristement célèbre Terminator Honoré N’Gbanda Nzambo ko Atumba. Donc, cette organisation partisane est conduite par une figure effroyable du Mobutisme despotique qui a, certes, réussi à imposer la clandestinité politique à l’UDPS et surtout à envoyer en exil ses nombreux adhérents et sympathisants. Par conséquent, le retour du Terminator a pour objet de casser la dynamique de cette famille de pensée idéologique, politique et démocratique au sein de la diaspora.

 
Il convient de relever que cet ancien patron des services de renseignement mobutistes, qui plus est conseiller spécial en matière de sécurité du despote déchu, est certes à la tête d’une organisation politique qui n’a aucune assise politique à l’intérieur même de la République démocratique du Congo. En effet, son parti politique qui est d’obédience strictement mobutiste n’a, à vrai dire, ni militant ni cadre participant au débat politique interne. Il s’agit plutôt d’une entreprise politique qui fonctionne uniquement à partir de l’étranger avec une clientèle essentiellement extérieure. Normalement, le discours antiKabila de l’APARECO en fait, incontestablement, une opposition antigouvernementale. 


Mais, en réalité, il s’agit d’une opposition de complaisance dans la mesure où toute sa harangue est, plutôt, dirigée contre le seul et unique parti du Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba. C’est, à vrai dire, une opposition de caviar ou une opposition de luxe dans la mesure où, opérant exclusivement à l’étranger, cette organisation à la fois promobutiste et protyrannique n’enregistre vraiment en RDC aucun détenu politique connu sur le plan international. Ce qui fait dire, certainement, à plusieurs experts du landerneau politique congolais que le tristement célèbre Terminator Honoré N’Gbanda Nzambo ko Atumba roule, plutôt, pour Joseph Kabila Kabange. 


En réalité, cet opposant complaisant roule plutôt, à l’image de celui qui avait accepté à une autre époque l’inacceptable, pour le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni. Il y a lieu d’admettre que l’Ouganda limitrophe de la RDC et ancré dans la région des Grands Lacs africains est, en fait, parmi les États agresseurs de l’indépendance nationale et violeurs de l’intégrité territoriale de ce pays immense et richissime d’Afrique centrale. Il résulte de ce fait que le fameux Terminator Honoré N’Gbanda, pourtant connu pour ses diatribes anti-Tshisekedi, n’a jamais attaqué –  y compris verbalement – le Bismarck africain qui veut incessamment remodeler les frontières de la RDC et celles de la sousrégion. Pourtant, par stratégie politique, il n’hésite pas à déployer toute sa hargne et toute sa furie contre le chef de l’État rwandais Paul Kagamé pour son implication directe dans la crise politico-militaire congolaise. Tout ceci dans le but de cacher son allégeance irréfutable aux forces d’agression de la République démocratique du Congo.

 

Joël Asher Lévy-Cohen

Journaliste indépendant 

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