31 Août 2015
A. Le point de vue des frondeurs sur le dialogue national
Voici leurs idées en intégralité :
1. Le dialogue ne mène pas au pouvoir.
"Nous avons enfin examiné un problème d'actualité relatif à la proposition de Etienne Tshisekedi de faire participer l'UDPS à un dialogue avec le pouvoir dictatorial en place à un an de la fin du mandat en cours de Joseph Kabila, par ailleurs très controversé. Nous sommes arrivés au constat amer que ce dialogue prôné par Etienne Tshisekedi n'était d'aucun intérêt pour la concrétisation des objectifs que nous poursuivons, à savoir: la conquête, l'exercice et la conservation démocratiques du pouvoir. Au contraire, il est visiblement destiné à satisfaire des intérêts purement égoïstes."
2. Le dialogue permet à Kabila de briguer un troisième mandat
" Pire encore, c'est une passe en or adressée à Joseph Kabila, car elle n'est rien de moins qu'une ouverture à la recevabilité de sa candidature pour un troisième mandat! En effet ce dialogue débouchera inéluctablement sur la formation d’un gouvernement (de Transition ou d'Union Nationale), ce qui correspond à l’instauration d’un nouvel ordre juridique conformément à la nouvelle pratique constitutionnelle. Le partage du pouvoir dans un gouvernement (de transition ou d'union nationale) avec l'opposition, que l'UDPS accepte d'y participer ou non, induit l'interruption du mandat actuel de Joseph Kabila, par ailleurs très controversé et, celuici n'étant pas arrivé à son terme, offre de manière implicite à Joseph Kabila une source de légitimité pour briguer un troisième mandat. En réclamant la tenue d'un dialogue en position de faiblesse, on donne à son interlocuteur le loisir d'imposer ses propres conditions, surtout si au départ on a invoqué un prétexte fallacieux pour le réclamer."
3. L’UDPS n’a pas profité de la rencontre Tshisekedi – Mobutu à Nice en 1987
"Il faut déplorer que dans les mêmes circonstances avec le pouvoir finissant de Mobutu hier, Etienne Tshisekedi avait forcé un dialogue avec Mobutu à Nice que tout le monde avait rejeté et qui avait permis à ce dernier de rebondir dans un retour triomphal à Kinshasa. Nous savons que Mobutu en avait profité, l'UDPS n'en avait pas bénéficié, Dieu seul sait quel bénéfice personnel Etienne Tshisekedi en a tiré."
4. Le dialogue imposera-t-il le respect de la loi électorale ?
"Par ailleurs, la feuille de route proposée par Etienne Tshisekedi reprend de nombreuses dispositions de la loi électorale qui doivent être respectées, mais qui ne l'ont jamais été dans le cadre de la loi. Par quel mécanisme un simple dialogue entre groupes d'individus imposerat-il le respect de ces dispositions là où la loi n'a pas réussi à le faire?"
5. Mauvaise interprétation de l’Accord d’Addis Abeba
"Les Accords d'Addis Abeba invoquées ont été mal interprétés et ne peuvent pas être la référence pour réclamer un dialogue."
6. Contradiction et mépris du peuple
"Comment peut-on, en outre, décider d'aller dans un dialogue contre la volonté populaire et déclarer ensuite souhaiter recourir à ce même peuple en cas d'échec? N'est-ce pas un véritable mépris à l'égard du peuple que l'on considère comme un simple objet que l'on n'utilise que pour satisfaire son orgueil personnel?"
7. Conclusion : contre le dialogue
"Quoi qu'il en soit, comme la grande majorité des membres de l'UDPS, nous nous opposons à la tenue de ce dialogue contre-nature qui doit être considéré comme une véritable trahison. Fait à Bruxelles, le 31 juillet 2015."
B. Ce que je pense de leur analyse déficitaire sur le dialogue
C’est de l’amalgame invraisemblable. Le voyage de Nice y est évoqué et mis en évidence juste pour manipuler l’opinion et s’en rallier. Sur la liste des frondeurs, il y a des noms des cofondateurs. Alors au moment du soi-disant dialogue de Nice, il y a de quoi se demander quelles protestations avaient-ils exprimé pour montrer leur désaccord. S’ils ne l’avaient pas fait en son temps, alors ils n’ont qu’à se blâmer, car ils n’ont pas été à la hauteur de leurs responsabilités.
Que proposent les frondeurs comme alternative au dialogue? Rien. Quelle analyse en ont-ils fait eux qui ont un bureau d’études dénommé « Expertises et stratégies.» Un simple survol sans contenu consistant. S’ils ont été secs d’idées, la politique exigeant toujours un esprit alerte en vue d’être à la hauteur des enjeux, pourquoi ne se sont-ils pas inspirés des analyses extrêmement pertinentes et fructueuses développées par certains compatriotes, dont notamment l’APRODEC ?
Ceci étant dit, voici mon opinion sur le dialogue, je suis sûr qu’ils qualifieront cela de déjà dit, même si c’est déjà dit, il est vrai cependant que ça n’a jamais trouvé de solution :
Pourquoi le dialogue est-il indispensable?
Voici mon point de vue à ce propos :
Le dialogue est indispensable pour plusieurs raisons dont quelques-unes politico-juridiques et d’autres techniques.
Même avec un canon de fusil sur ma poitrine, je soutiens et soutiendrai toujours que la tenue d’une élection crédible et apaisée, exige que le pouvoir et l’opposition se regardent les yeux dans les yeux autour d’une table, et règlent un certain nombre des questions qui concourent à cette
élection crédible :
1. Le budget
L’organisation de l’élection entre dans des obligations régaliennes de l’état. Ce n’est pas l’opposition qui les organise. Si alors ceux qui sont au pouvoir, par mauvaise foi se rebiffe derrière le manque d’argent pour ne pas les organiser, tout est remis en cause. Une opposition politique intelligente ne devra pas attendre qu’on la surprenne à la dernière minute avec une telle déclaration. Cet argument fallacieux du pouvoir peut être battu en brèche en alertant l’opinion internationale, en mobilisant l’opinion nationale pour qu’une solution y soit trouvée. A cet effet, il y a des instruments internationaux en termes de lois qui rassurent sur l’implication de la communauté internationale dans la consolidation de la paix au Congo. Je pense ici notamment aux résolutions n° 2211 du conseil de sécurité des Nations unies adoptées le 26 mars 2015 ainsi que l’Accord-cadre d’Addis-Abeba suivi du vote de la résolution n° 2098 du conseil de sécurité. Dans le cas de nos élections, le pouvoir parle de 1 milliard de dollar, ce qui n’est pas une somme modique. Il faut en être sûr avant toute autre chose.
2. Problèmes techniques
Il y a des irrégularités graves qui entachent le processus électoral congolais dont la falsification du nombre d’électeurs enrôlés, et la distribution anarchique en 2010-2011 de plus de 40 millions de cartes d’électeurs, même à des individus non identifiés. Il convient de clarifier qu’il y a une différence notoire entre l’identification des populations et l’enrôlement des électeurs, deux processus tout à fait différents. Les frondeurs devraient le savoir en raison de leurs prétentions politiques.
3. Fichier électoral
Le manque de fiabilité du fichier électoral. Celui-ci a été falsifié. Nous devons le discuter avec le pouvoir et impliquer nos amis extérieurs pour être sûr qu’une solution adéquate y sera trouvée. Pourquoi aller aux élections si ces imperfections ne sont pas corrigées. La seule façon d’être sûr, c’est d’être partie prenante dans le processus de nettoyage de ce fichier avec la présence de nos propres experts.
Audit du fichier électoral
La société belge ZETES n’a fait qu’un rapport partiel le 03 août 2011 lequel a mentionné l’existence de 3 à 4 millions des doublons, c’est-à-dire une personne qui se fait enrôler à plusieurs endroits à la fois. En faisant de l’extrapolation, les doublons peuvent s’élever à presque 10 millions lorsqu’on compte les 11 provinces de l’époque sur 32 millions d’enrôlés au 21 juillet 2011. Imaginez la capacité de fraude que détient le pouvoir organisateur des élections si nous ne sommes pas vigilants et partie prenante à toutes ces opérations. Pour vous donner une belle image de ce que nous soutenons, dans un bureau de vote au Kasaï, une femme apparemment enceinte s’y était présentée. Quand elle était dans l’isoloir, on a découvert que le gros ventre qui n’était qu’une parodie de grosse n’était en réalité qu’un gros colis de plusieurs cartes doublonnes qu’elle devait placer dans l’urne. Donc, ce n’est pas un Kamerhe ou d’autres opposants qui boudent le dialogue ou les frondeurs qui règleront avec leurs aboiements ce genre de casse-têtes. Tous ces partis dits de l’opposition ne visent qu’à manipuler la population congolaise en majorité analphabète afin de récupérer une partie de l’espace politique de l’UDPS. En fait, c’est la guerre pour la conquête de l’espace politique à laquelle se livrent tous les partis politiques actuellement. Est-ce que la population congolaise a la capacité de comprendre ou de cerner pareils enjeux? L’UDPS doit ouvrir l’œil et le bon.
4. L’indépendance de la CENI
Voilà une institution qui devra être totalement modifiée et qui doit se muer en un organe technique transparent. Elle ne doit pas être laissée à la merci du pouvoir tout seul. Nous devons y faire partie pour être assurés de la manière dont les choses devront se faire. Étant un organe technique, pourquoi le pouvoir devra s’obstiner à ne pas y accepter la présence de l’opposition? Donc, il y a ici encore une fois anguille sous roche. A l’heure qu’il est, la CENI est une continuation du bureau de la présidence. Nous devons nous mettre d’accord pour que cela s’arrête, et obtenir notre présence équitable dans la commission. Ce n’est pas un cadeau que les fraudeurs peuvent nous céder de bon cœur, cela devra être plutôt une conquête.
5. Analyses juridiques
a) Cartes d’électeur non valables
Sur la carte d’électeur il est écrit « la carte d’électeur est valable pour tous les scrutins de la transition.» Or, la transition congolaise s’est terminée depuis le 06 décembre 2006. Juridiquement, il se pose un problème lorsque le lecteur de 2011 et celui de 2016 sont porteurs d’une carte supposée être celle de la transition laquelle est expirée depuis 2006. Donc, pareille carte n’est pas juridiquement valable. L’expiration de la validité de la carte d’électeur est un problème sérieux quant à l’organisation des élections valable au plan juridique.
b) Sénat illégitime
La fameuse Assemblée nationale a été convoquée en une session extraordinaire en vue d’étudier la loi sur la répartition des sièges pour les élections au niveau des entités locales. Les vrais observateurs du microcosme politique congolais ont été estomaqués par la manière expéditive dont cette loi a été examinée. Sur le plan de la légitimité, voire de la légalité, les sénateurs ne devraient plus voter, car leur mandat a expiré depuis très longtemps. Donc, le sénat constitue un problème juridique en matière des lois qui touchent aux élections dans lesquelles il est lui-même impliqué. Si l’on veut entrer dans tous ces détails, et le peuple et même certains leaders politiques qui n’y comprendront rien. Ils diront : « C’est quoi finalement tout ça ».
6. L’adoption de la loi portant répartition des sièges
On a mis la charrue devant les bœufs. Cette loi ne pouvait pas être adoptée avant l’audit indépendant du fichier électoral. Comment répartir les sièges des différentes entités si l’on ne connait pas la composition du corps électoral, c’est une aberration, ce sont des stratagèmes du pouvoir pour frauder, car le pouvoir est bien conscient que de ces élections locales sortiront demain les sénateurs. S’il consolide déjà sa présence au niveau local, il s’assure alors les chances de se doter d’une majorité à l’assemblée nationale avec un grand nombre de sénateurs.
7. L’indépendance du pouvoir judiciaire en cas de contentieux électoral
Au dialogue, l’opposition doit trouver des mécanismes garantissant un arbitrage objectif de la justice en cas des litiges résultant des élections. Les juges doivent être neutres et non inféodés au pouvoir; sinon l’opposition devra avoir la moitié des juges de son obédience au sein de l’institution afin de garantir le traitement correct des recours qui seront introduits. De tels mécanismes ne pourront sortir que du dialogue politique mettant en présence le pouvoir et l’opposition.
8. Les opérations d’identification et d’enrôlement
Ces deux opérations distinctes devront commencer au plus vite, y compris l’identification des jeunes majeurs. Ce sont des questions sur lesquelles le pouvoir et l’opposition doivent se mettre d’accord et passer à l’action en posant des actes concrets. Est-ce dans les journaux où il faut en parler ou dans des discours politiques? Si l’opposition, la vraie, reste distraite, les carottes seront cuites pour notre peuple.
9. Conclusion sur le dialogue
Les partis politiques dans leur lutte pour le contrôle de l’espace politique se livre un combat sans merci malheureusement doublé des mensonges et des affabulations. Il y en a qui, pour s’accorder une certaine crédibilité, utilise le refus de la participation au dialogue surtout que celui-ci est soutenu par l’UDPS. Pour eux, ceci constitue une aubaine pour faire perdre des plumes à notre parti. Et la stratégie des partis opposés au dialogue c’est de maintenir la population dans l’ignorance la plus totale, en ne mettant l’accent que sur le glissement possible du mandat de Kabila. Et ils savent que le peuple ne veut pas du tout en entendre parler. Une seule solution s’offre à l’UDPS : c’est de cesser d’être naïf en comprenant que tout ne lui est pas acquis. D’où l’urgence d’aller dans une croisade d’explication à travers le pays pour expliquer dans les moindres détails tous les aspects du dialogue. Notre peuple n’étant pas idiot, il comprendra. Par contre, laisser le terrain politique aux seuls menteurs et manipulateurs pourra dans un avenir proche être préjudiciable à l’UDPS, et le pouvoir s’en félicite, car lorsqu’il y a confusion dans l’opinion, cela lui donne un temps de répit et lui profite au plan politique.
10. Qu’en est-il du glissement dont on parle tant?
Il est déjà là ce glissement tant redouté. Le manque de garantie concernant le budget électoral, l’absence de la reconfiguration de la CENI alors qu’on est en train de parler déjà de l’organisation des élections provinciales et locales, l’absence d’une commission spéciale appelée à arbitrer les contentieux électoraux, la présence des doublons dans le fichier électoral, et la non-identification de la population… Tous ces problèmes font qu’aucun calendrier ne sera respecté. On doit résoudre ces problèmes avant de passer à des élections crédibles. Aller aux élections sans résoudre tous ces problèmes serait suicidaire politiquement pour l’UDPS, car le pouvoir kabiliste lui sera sûr de sa victoire pour la bonne et simple raison qu’il dispose de toutes les cartouches de fraude entre ses mains. Et là, croyez-moi, le peuple encaissera un coup qui lui ôtera définitivement la foi et le goût des élections. Qui vivra verra! A suivre...
Antoine Richard Kapeta