Le dialogue de la trahison...le dialogue de la honte...le dialogue inutile... tels sont les propos entendus ou lus sur le net à propos du dialogue pourtant prévu dans l'Accord-Cadre d'Addis-Abeba et appuyé par les Nations-Unies.
Le fait que Kabila s'en soit approprié, cela devient le dialogue de Kabila.
Le fait que Tshisekedi se soit aligné sur l'Accord-Cadre d'Addis-Abeba, le voilà devenu traître a la Nation. Il faut dire que nous avons encore une longue distance à parcourir pour arriver à "la vraie politique".
Maître Wade qui avait eu l'idée malencontreuse de déclarer qu'il n'y avait pas de politiciens au Congo avait provoqué une levée de boucliers comme jamais auparavant, et pour peu, il y laissait sa peau. Curieusement, Me Wade, qui était opposant au régime d'Abdou Diouf, a fini par prendre le pouvoir et faire deux mandats avant de se retirer, non sans avoir été bousculé pour le troisième. L'Opposition congolaise, elle n'a jamais réussi à rentrer au pouvoir !
Beaucoup de politiciens ne sont pas disposés à voir Tshisekedi au pouvoir. Et puisque le dialogue risque de donner l'avantage à Tshisekedi, ils ne veulent plus en entendre parler. On les comprend dans la mesure où ils ont eu l'occasion de grandir et, sevrés, ils veulent lutter d'abord pour eux-mêmes, plutôt que pour ce vieux gourou qui risque de leur barrer la route.
Mais techniquement, ont-ils raison d'agir ainsi pour réussir? Avant de répondre à cette question technique, il faut répondre à celle du contexte politique congolais du moment. Un parti politique ou un politicien congolais peut-il asseoir une politique qui ne corresponde qu'à sa propre vision, et réussir à mener le Congo vers l'étape suivante?
La réponse est non. Pourquoi? Parce que la situation congolaise est devenue si complexe à telle enseigne que cette génération des politiciens doit préparer la relève, et le plus tôt possible avant que ce ne soit trop tard. Les politiciens actuels connaissent le noeud du problème et la nouvelle génération ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants de la vraie situation du Congo. D'où : "Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait."
Et comment passer ce flambeau? C'est ici que la réponse à la question technique se pointe.
Il est clairement établi que les partis politiques sont confondus avec la classe politique. La classe politique est constituée de politiciens tandis que les partis politiques sont des organisations pour concevoir les stratégies d'appui aux politiciens. Autrement dit, les membres d'un parti politique ne sont pas forcément des politiciens, mais des cadres administratifs, financiers, stratégistes intellectuels etc...
Or, les luttes de positionnement auxquelles nous assistons dans nos partis congolais, sont le résultat de la confusion entre les membres du parti et la classe politique de ce parti. La ligne de démarcation est tellement diluée qu'on ne sait vraiment pas qui est politicien et qui ne l'est pas. Tout simple membre veut devenir qui premier ministre, qui ministre, voire président de la république. C'est là le mal congolais tel qu'initié par Mobutu: " Il n'y a pas de petits et de grands citoyens". Tout le monde étant sur le même pied d'égalité. Les Anciens Zairois ne s'étaient pas fait prier pour saisir l'opportunité de monter sur le podium. Le résultat, nous le connaissons aujourd'hui.
Le dialogue version Tshisekedi est plutôt une aubaine pour les Congolais de placer Kabila dos au mur. Vous n'y croyez vraiment pas, je sais. Moi j'y crois, et voici pourquoi.
1. Tshisekedi, tel que nous le connaissons, est devenu la DERNIERE CARTOUCHE DE L'OPPOSITION ET PAR-LA MEME, CELLE DU PEUPLE CONGOLAIS.
Même si on lui reproche des erreurs tant médiatisées en ce moment, il constitue néamoins un EPOUVANTAIL dont l'Opposition devrait se servir. Mettre en avant les erreurs et oublier la force de combat de Tshisekedi serait une erreur technique en politique qui ne sera pas pardonnée à ceux qui se considèrent comme déracineurs de Tshisekedi. Qu'ils le veuillent ou non, Tshisekedi partira un jour comme tout le monde. Mais ne pas profiter de sa présence même en dernière minute, là il faudra se poser un certain nombre de questions.
2. Tshisekedi au pouvoir, c'est la récupération de notre pays et l'entrée en fonction des cadres congolais patriotes dans les rouages du pouvoir. Etant donné que Tshisekedi n'a pas besoin de deux mandats, il aura l'opportunité de préparer, ou de permettre la préparation de la jeune relève qui aura fourbi ses armes pendant ce mandat, et ceci dans un régime de droit.
Une fois la justice rétablie et l'esprit de l'excellence restauré, le reste ira tout seul.
3. Si Kabila semble rassuré aujourd'hui des manoeuvres qu'il est en train de préparer, c'est justement parce que l'Opposition a décidé de boycoter le dialogue parce que Tshisekedi en a pris la tête. Si c'était quelqu'un d'autre, peut-être qu'il aurait été accepté.
4. Mais si par contre, toute l'Opposition, frondeurs de l'UDPS compris, se disait : puisque ce dialogue devient inévitable, voyons comment nous pourrions le tourner à notre avantage. Elle déciderait de se mettre derrière Tshisekedi et de mobiliser toute la population en déclarant que nous voulons aller au dialogue, et nous estimons que la feuille de route présentée par Tshisekedi est une raison valable que nous soutenons.
Si cette proposition contenue dans la feuille de route n'est pas acceptée par Kabila et la MP, nous devons faire pression de manière à ce que le dialogue ait lieu seulement dans le cadre de cette feuille de route. Du coup, Kabila perdrait son assurance parce qu'il ne s'attendait pas à cette brusque mutation de la classe politique congolaise. Pris de court, il serait obligé de négocier sa sortie du pouvoir. La pression serait encore plus forte, et Tshisekedi ne serait plus seul.
5. C'est après avoir fait reculer Kabila, qu'il y aurait un autre DIALOGUE INTER-OPPOSITION afin d'examiner le butin de guerre et se mettre d'accord sur qui fera quoi et dans quelle institution. Avec élégance, les partis politiques placeraient en ce moment-là leurs jeunes turcs sous la responsabilités des cadres expérimentés qui les prépareraient au management du pays de demain.
C'est alors que les intellectuels de la diaspora, avec leur technicité, viendraient mettre en application leurs connaissances apprises dans les pays d'accueil pour développer le pays. La politique ayant été rétablie, la paix rétablie, l'entente entre les peuples du Congo rétablie, la construction du pays ne demanderait pas beacoup de temps et n'exigerait pas beaucoup de peine. Les projets de développement sont tellement nombreux et leurs balisages existent depuis la colonisation. Donc les technocrates n'auront pas de tracasseries à finaliser le travail.
C'est en ce moment-là que l'immigration sera importante vu que la mise en valeur du Congo se ferait 24h/24 et 365 jours par an. Le chantier Congo aura besoin de la main-d'oeuvre étrangère, et les mêmes pays qui tuent les Congolais aujourd'hui, viendront chercher du travail au Congo!
En conclusion, je suggère que tous ceux qui crient à la trahison de Tshisekedi, revoient leur position pour voir s'ils peuvent plier les évènements à leur avantange. S'ils ne reconsidèrent pas leur position, et que le dialogue se passe à l'avantage de la délégation Tshisekedi, ils auront manqué le train, et ils devront reconnaître qu'ils ne sont pas encore des politiciens.
Je n'ai pas écrit ce texte comme un membre de l'UDPS, ou en tant que Muluba comme Tshisekedi, ou moins encore comme membre fanatique de sa personne. Je n'ai jamais été flatteur de qui que ce soit et c'est en tant que Congolais que j'ai écrit. Donc, je prie au lecteur de ne pas voir dans mon texte une image régionaliste ou partisanne du parti auquel j'appartiens.
Vous pouvez ne pas aimer Tshisekedi mais profitez au moins de sa force pour parvenir ou vous voulez aller. Soit dit entre nous, nous n'avons pas encore quelqu'un qui puisse mettre le peuple congolais d'accord comme Tshisekedi encore aujourd'hui.
Faisons-le avant que le peuple ne change son avis et devienne desemparé, ne sachant pas ou donner de la tête.
Paix chez vous
La politique est l'art de plier les évènements à son avantage