28 Février 2016
| ILS SONT POLITIQUEMENT MALHONNETES |
"La raison du plus fort est toujours la meilleure" - a dit Jean de La Fontaine dans la fable du loup et de l'agneau.
Dans cette fable, le loup emporte l'agneau et le mange, sans autre forme de procès. Et en plus, il s'en sort sans subir la bastonnade des bergers.
Paraphrasant La Fontaine, on pourrait dire :
"La raison du malhonnête politicien est toujours la mauvaise foi".
Mais dans notre paraphrase, les prétendus politiciens congolais eux ne s'en tireront pas sans bastonnade de la part des inconditionnels bergers du peuple.
Chers Lecteurs,
Je m'en vais, non pas vous conter une fable de plus, mais plutôt vous rapporter une discussion dont j'étais moi-même un des protagonistes.
Cela s'est passé tout récemment dans un matanga, cette institution où les congolais de la diaspora se rencontrent pour tailler de la bavette sur la politique.
Oui, la politique, c'est ce fameux métier, qui à l'avènement de la dynastie afdélienne, fut ouvert et élargi à tous les congolais sans tenir compte du niveau d'études, d'expériences, de moralité et de civisme. Il suffit donc d'être congolais ( ou se faire passer pour tel ) pour devenir politicien et prétendre tout connaître en politique.
Oui, en décembre dernier, j'ai eu la chance, ou la malchance - c'est selon - de me trouver sur le chemin de ces "connaisseurs", "spécialistes" et "analystes" de la politique congolaise.
Dans leurs discussions aux allures de disputes, tout n'était que clichés :
- Le Bandundu, l'Equateur et les Kasaïs sont pauvres; tandis que le Katanga et les Kivu sont riches.
- Le dialogue, c'est un deal entre l'UDPS et le PPRD où on fera de Félix Tshisekedi le Premier Ministre, pour laisser Kabila briguer un 3è mandat.
- etc.
S'immiscer dans la dispute des "connaisseurs" et des "spécialistes" de la politique, avoir la parole et se faire écouter relève du parcours du combattant.
J'étais donc à l'affût, cherchant une moindre brèche, lorsque soudain, patatras… mon voisin de gauche tombe de sa chaise et de tout son poids. J'en profite donc pour intervenir dans la conversation.
Sachant qu'ils n'allaient pas tarder à reprendre la parole et la confisquer par devers eux, j'ai usé de la maïeutique (jeu de questions-réponses) :
Question : Pourriez-vous me dire en quoi le Bandundu, l'Equateur et les Kasaïs sont pauvres, tandis que le Katanga et les Kivus sont riches ?
Réponse : le Bandundu, l'Equateur et les Kasaïs n'ont pas de route, n'ont pas d'eau potable et n'ont rien que la brousse tandis qu'au Katanga et aux Kivus, on construit et il y a du cuivre, du cobalt, de l'uranium et surtout du coltan, lequel est convoité par le monde entier.
Question : Peut-on aussi dire que la Belgique, la France et l'Allemagne sont pauvres parce qu'ils n'ont ni le cuivre, ni l'uranium et encore moins le coltan ?
Réponse : Non, eux ils ont l'argent.
Question : D'accord. Parce qu'ils n'ont ni le cuivre, ni le cobalt, d'où vient alors leur argent ?
Réponse : Euh...bon voilà ! Eux sont organisés et en plus, ils s'enrichissent sur le dos de l'Afrique en général et de la RDC en particulier.
Ma réaction : Bonne réponse. En d'autres termes cela veut dire que les katangais et les kivutiens sont non seulement mieux organisés que les bandundois, les équatoriens et les kasaiens, mais en plus, ils s'enrichissent sur leur dos.
Réponse : Non on ne dit pas ça; mais on veut simplement dire que le Katanga et les Kivus sont riches et que les autres sont pauvres.
Question : Qui sont riches, est-ce le Katanga, les Kivus ou les katangais et les kivutiens ?
Réponse : Le Katanga et les Kivus.
Question : Bien. Donc ce sont les katangais et les kivutiens qui ont construit (les routes, les hopitaux, les écoles, les immeubles...) chez eux, tandis que les bandundois, les équatoriens et les kasaiens n'ont rien fait chez eux, raison pour laquelle leurs provinces sont pauvres !
Réponse : Non, bon, au fait, toutes les infrastructures ont été laissées par les belges...
Question : S'il en est ainsi, à qui la faute, est-ce aux pauvres provinces, à leurs ressortissants, aux belges ou aux différents régimes qui se sont succédés ?
Réponse : Oui, mais...les belges, Mobutu et Kabila n'ont empêché personne de construire.
Ma réaction suivie d'une question : Si, les belges ont construit au Katanga et aux Kivus, ce qu'ils ont empêché les katangais et les kivutiens de le faire.
Qu'à cela ne tienne ! Mais pourquoi voulez-vous que les bandundois, les équatoriens et les kasaiens puissent euxmêmes construire (les routes...) en lieu et place de l'Etat congolais quand pour le Katanga et les Kivus, c'est le Royaume de Belgique qui l'a fait en lieu et place des katangais et des kivutiens ?
Réponse : Silence radio.
" Lumbelumbelisés et mutakalisés ", mes amis venaient de calmer leurs ardeurs. J'en ai donc profité pour leur demander s'ils avaient déjà lu la Feuille de route de l'UDPS.
Leur réponse négative ne m'a pas surpris car je sais que mes compatriotes lisent moins, parlent beaucoup et attachent trop d'importance aux rumeurs ainsi qu'aux choses dont ils n'ont pas la moindre maîtrise.
Je n'avais donc pas de temps à perdre, je me suis mis à leur expliquer les grandes lignes de la Feuille de route et ce que Kabila entend par le dialogue.
Les explications terminées, je leur ai posé la question de savoir si "le strict respect de la constitution" dont l'UDPS et E. Tshisekedi parlent signifiait aussi " prendre la primature pour aider Kabila à briguer le 3è mandat ".
Pour toute réponse, on me fait comprendre que "Tshisekedi n'était pas un Dieu".
Décidés de prendre leur revanche sur moi, ils ont lâché :"Vous prenez la défense de Tshisekedi parce qu'il est aussi kasaïen comme vous. C'est du tribalisme".
Ma réaction : Je parle du "strict respect de la constitution". Mais si vous estimez que c'est du Tshisekedi et du Kasaïen, j'en suis flatté.
Autre chose. Si tout kasaïen qui défend les idées de Tshisekedi doit est traité de tribaliste, il va de soi que tout non-kasaïen qui pourfend les idées d'E. Tshisekedi est aussi tribaliste et kasaïphobe.
Encore un silence... et dans la foulée, j'entends quelqu'un dire :"...d'ailleurs il y a des choses insupportables, il y a la fille de Tshisekedi qui injurie les combattants sur Facebook..."
J'ai beau insister pour qu'ils me donnent son nom, en vain. Alors je leur ai dit :" E.Tshisekedi n'a pas de filles qui puissent injurier; et même s'il en avait une, je trouve ça normal ".
Ne sachant pas où je voulais en venir, ils ont crié au scandale :"Les autres peuvent se le permettre, mais pas les enfants de Tshisekedi. S'ils injurient maintenant qu'est-ce qu'ils ne feront pas, une fois au pouvoir ?"
Ma réaction : "Ils proféreront aussi des injures comme tous les enfants nés des humains car, leur papa n'est pas un Dieu.
Et Tshisekedi n'est pas un Dieu, mais un humain avec toutes ses faiblesses qu'il peut éventuellement transmettre à ses enfants.
Quoi de plus normal que ses enfants puissent aussi injurier", avais-je répondu ironiquement.
Ce qui provoqua un rire jaune...et la fin de la discussion.
Moralité de cette histoire
Cette histoire n'est qu'une illustration de la panoplie des conversations entre congolais.
Clamer tout haut que Tshisekedi n'est pas un Dieu, mais en même temps lui renier sa nature humaine avec ses imperfections et ses erreurs, c'est exiger de lui les qualités et vertus de son métier de politicien : respect des lois, amour de la patrie et dévouement.
Cet amour, ce respect et ce dévouement demandent une préférence continuelle de l'intérêt public par rapport au sien propre. C'est cela la base du principe démocratique.
A ce jour, aucun politicien congolais, à part Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ne possède cette vertu.
Exiger de lui des prouesses politiques c'est aussi reconnaître sa position de véritable leader politique.
Qui veut noyer son chien l'accuse de rage.
Qui veut noyer son ennemi l'affuble de mensonges.
Quant aux politiciens congolais qui, après avoir fait du dialogue leur cheval de bataille, ont par la suite fait de la Feuille de route de l'UDPS leur mouton noir et de Tshisekedi leur bête noire, les voilà sur leurs grands chevaux pour se jeter dans la bataille contre le dialogue.
Vous aurez compris que tous sont déjà tombés d'accord pour être en désaccord avec Etienne Tshisekedi, ce qui ne peut profiter qu'à Kabila et aux siens, contre lesquels ils se déclarent en guerre.
Kâmona Kûmvua Kâmba, Tshiondo wa Mbîsha Balâla